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Le Davos de Trump

21 janvier 2026

Le Davos de Trump. Non pas un discours, mais la démonstration d’un modèle du monde

Le 21 janvier 2026, Donald Trump est intervenu au Forum économique mondial de Davos avec une allocution qui relevait moins de la diplomatie que d’une déclaration structurée d’un ordre mondial alternatif. Il ne s’agissait ni de séduire les élites globales ni de rechercher un consensus. Pour Trump, Davos est devenu une scène de confrontation directe entre deux logiques — le modèle globaliste et une approche fondée sur la souveraineté.

La prise de parole a duré plus d’une heure, suivie d’un échange avec la direction du WEF et des représentants de la finance internationale. Le discours était marqué par l’improvisation, la provocation et des digressions typiques de Trump, mais derrière cette forme se dessinait une ligne stratégique cohérente.

L’Amérique comme centre du système, et non comme son financeur

Trump a ouvert son intervention en soulignant le caractère symbolique de la date — l’anniversaire de son investiture — pour poser immédiatement le message central. Les États-Unis, a-t-il affirmé, connaissent « le retournement économique le plus rapide et le plus spectaculaire de leur histoire ». Ce propos n’était pas présenté comme un bilan technique, mais comme un argument politique.

Il a évoqué la croissance du PIB, une inflation « vaincue », la hausse des investissements et des revenus, qualifiant la situation de « miracle économique ». Le marché boursier, selon lui, se trouverait à l’aube d’un nouveau cycle haussier, tandis que les récentes fluctuations seraient temporaires et imputables à des facteurs externes.

L’enjeu n’était pas l’exactitude des chiffres, mais la logique d’ensemble. Trump a présenté les États-Unis comme la seule économie capable de soutenir le système mondial. D’où son leitmotiv récurrent : l’Amérique ne financera plus la stabilité globale à ses propres dépens.

Droits de douane et commerce comme instruments de pression

Les droits de douane occupaient une place centrale. Trump les a décrits non comme des mesures exceptionnelles, mais comme un levier permanent de puissance étatique. Il a affirmé que cette politique avait déjà réduit fortement le déficit commercial et a laissé entendre qu’il n’existait aucune raison d’y renoncer.

L’Europe, le Canada et la Suisse ont ainsi été implicitement avertis. Les avantages commerciaux ne seront plus automatiques s’ils ne servent pas les intérêts américains. Dans la logique de Trump, les droits de douane ne sont pas des menaces, mais un mode de négociation, où la pression économique remplace la politesse diplomatique.

Énergie, industrie et rejet du « consensus vert »

Trump a vivement critiqué la politique énergétique européenne. Il s’est attaqué à l’éolien, soulignant la dépendance de l’Europe aux équipements produits en Chine et pointant une contradiction qu’il juge flagrante : Pékin exporte des technologies « vertes » tout en conservant les énergies fossiles sur son propre territoire.

À l’opposé, il a mis en avant la réindustrialisation des États-Unis — relance de la sidérurgie, expansion énergétique et accent marqué sur le nucléaire. C’était une contre-proposition assumée face au discours climatique dominant à Davos. Trump a substitué au vocabulaire moral celui de la capacité, du coût et du contrôle.

Cryptomonnaies et souveraineté technologique

Trump a également abordé la question des cryptomonnaies, déclarant vouloir faire des États-Unis la capitale mondiale du secteur. Dans sa perspective, il ne s’agissait pas d’un choix idéologique, mais d’un enjeu géopolitique. La régulation devait empêcher la Chine de prendre l’avantage et consolider le leadership américain dans les futurs systèmes financiers.

Le Groenland comme concentré de sa vision du monde

La séquence la plus controversée a concerné le Groenland. Trump a déclaré sans détour que les États-Unis souhaitaient en prendre le contrôle, en insistant sur son importance stratégique pour la sécurité nord-américaine. Il a toutefois explicitement exclu le recours à la force.

Ce qui importait n’était pas tant l’objet que le raisonnement. Trump a parlé en termes de géographie, de ressources et de contrôle stratégique, en contournant le langage diplomatique classique. Sa formule — « vous pouvez dire oui, ou dire non, et nous nous en souviendrons » — a été perçue comme une menace, mais elle reflète avant tout sa conception transactionnelle des relations internationales.

Les références historiques, y compris des affirmations contestées sur la Seconde Guerre mondiale et l’après-guerre, ont servi non pas de leçon d’histoire, mais de moyen de pression politique sur l’Europe.

L’Europe, l’OTAN et la lassitude envers les alliés

Le ton de Trump à l’égard de l’Europe a été à la fois dur et condescendant. Il a affirmé « aimer l’Europe », avant de l’accuser de déclin stratégique, imputé à la politique migratoire, à la désindustrialisation et aux conflits culturels idéologisés.

L’OTAN est apparue dans son récit comme une structure asymétrique, où les États-Unis supportent l’essentiel de la charge sans contrepartie équivalente. Ses propos sur la Seconde Guerre mondiale — notamment l’idée que sans les États-Unis l’Europe « parlerait allemand » — ont suscité critiques et dérision, mais s’inscrivaient pleinement dans son message : une alliance est un compte à équilibrer, pas une valeur en soi.

Ukraine, Chine et la guerre comme produit de la faiblesse

Sur l’Ukraine, Trump a répété son argument central : la guerre n’aurait pas éclaté sous sa présidence. Il a affirmé que Moscou comme Kyiv souhaitent un accord et a insisté sur la nécessité de mettre fin au bain de sang.

La Chine est apparue comme le principal concurrent de long terme, en particulier dans les domaines de l’intelligence artificielle et de la capacité industrielle. Ses déclarations sur la supériorité américaine en IA et sur l’accélération de la production d’armements complétaient le tableau général : le monde entre dans une phase de rivalité dure entre grandes puissances, où les règles pèsent moins que les capacités réelles.

Le message adressé à Davos

Ce discours n’était pas une tentative de convaincre Davos. C’était un message adressé de l’extérieur, annonçant la fin d’une époque fondée sur le leadership moral et la redistribution globale.

Trump a parlé depuis la scène de Davos dans une langue étrangère à l’esprit même du forum — celle de la puissance, de la transaction et des ressources. Il n’a proposé aucun compromis, seulement des conditions. Les réactions, allant des applaudissements de ses partisans aux critiques acerbes et au fact-checking, n’ont fait que confirmer que sa vision du monde entre en collision frontale avec les fondements de Davos.

Ce n’était pas un discours à Davos.

C’était un discours contre Davos — prononcé depuis sa propre tribune.



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