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Davos 2026 : la géopolitique éclipse l’agenda économique
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Davos 2026 : la géopolitique éclipse l’agenda économique

21 janvier 2026

Le Forum économique mondial de Davos, qui se tient du 19 au 23 janvier 2026, s’est imposé comme une tribune internationale où les débats économiques sont de plus en plus dominés par les tensions géopolitiques. Malgré un discours officiel axé sur le dialogue et la coopération, le forum se déroule dans un contexte de rivalités accrues, de désaccords transatlantiques persistants et de signaux politiques explicites qui dépassent largement le cadre économique.

Près de trois mille participants issus de plus de 130 pays prennent part à l’édition 2026, parmi lesquels figurent des dizaines de chefs d’État et de gouvernement, des ministres, des responsables d’organisations internationales, des gouverneurs de banques centrales et des dirigeants de grandes entreprises. Officiellement, l’agenda porte sur la stabilité économique mondiale, la transformation technologique, l’intelligence artificielle, le climat et le développement durable. Dans les faits, l’essentiel de l’attention se concentre sur les conflits politiques et les recompositions du rapport de forces à l’échelle internationale.

La présence du président américain Donald Trump et d’une importante délégation des États-Unis a largement façonné l’atmosphère du forum. Sa participation a conféré à Davos un caractère nettement politique. En marge des discussions, l’accent s’est déplacé des prévisions macroéconomiques vers les priorités de la politique étrangère américaine, notamment la pression exercée sur les alliés, les questions de sécurité dans l’Arctique et les différends autour du Groenland. Ces sujets ont suscité une vive inquiétude parmi les dirigeants européens et ont alimenté aussi bien les échanges confidentiels que les prises de position publiques.

Les tensions transatlantiques se sont imposées comme l’un des axes majeurs du forum. Des représentants de l’Union européenne et de plusieurs États membres ont ouvertement critiqué les démarches unilatérales, jugées contraires au droit international et aux principes de la sécurité collective. Dans leurs interventions, plusieurs dirigeants européens ont mis en garde contre l’émergence d’un monde sans règles claires, où la logique de la force et de la pression risquerait de supplanter les normes et institutions existantes.

Dans ce contexte, la Commission européenne a annoncé la préparation d’un ensemble de mesures sur la sécurité et l’investissement dans l’Arctique, destiné à renforcer la position stratégique de l’Europe et à soutenir les territoires du Nord, dont le Groenland. Cette initiative est perçue comme une réponse directe à l’affirmation croissante des États-Unis et comme un signal de la volonté de l’Union européenne de défendre ses propres intérêts stratégiques.

Les discussions économiques se poursuivent, mais elles occupent désormais une place secondaire. Les sessions portent sur les risques de ralentissement de la croissance mondiale, les perturbations des chaînes d’approvisionnement et les difficultés liées à l’intégration de l’intelligence artificielle dans l’économie réelle. Des dirigeants d’entreprise reconnaissent qu’une part importante des investissements dans l’IA n’a pas encore produit les résultats escomptés, en raison de contraintes structurelles et de lacunes en capital humain. Des appels sont lancés en faveur d’une approche plus réaliste et d’une redéfinition des critères de performance économique au-delà du seul produit intérieur brut.

Parallèlement au programme officiel, le forum est marqué par une contestation sociale visible. En Suisse, notamment à Zurich, de grandes manifestations ont eu lieu contre la participation de Donald Trump et contre Davos en tant que symbole d’une élite mondiale fermée. Les manifestants dénoncent la concentration du pouvoir économique et politique et réclament davantage de transparence et de responsabilité dans la gouvernance mondiale.

Enfin, l’absence ou la participation réduite de plusieurs dirigeants, invoquant des crises internes ou des conflits en cours, a mis en évidence l’impact direct de l’instabilité mondiale sur un forum longtemps présenté comme neutre et technocratique.

Dans l’ensemble, Davos 2026 illustre la transformation du Forum économique mondial en une véritable arène de rivalités géopolitiques. Les enjeux économiques demeurent présents, mais ils sont de plus en plus subordonnés à des luttes plus larges d’influence, d’alliances et de définition du futur ordre international.

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