
La déclaration conjointe du ministre arménien des Affaires étrangères et du secrétaire d’État américain sur le projet TRIPP marque un tournant vers une diplomatie fondée sur l’infrastructure et l’économie. Le transport, la logistique et la connectivité deviennent des instruments concrets de stabilité et de développement à long terme pour l’Arménie et le Caucase du Sud.
La déclaration formulée par le ministre des Affaires étrangères de l’Arménie Ararat Mirzoyan et le secrétaire d’État des États-Unis Marco Rubio a frappé par son ton mesuré. Aucun effet d’annonce, aucune promesse de résultats immédiats, aucune rhétorique excessive. Le texte consacré à TRIPP se distingue au contraire par son caractère technique et sobre. C’est précisément cette retenue qui lui confère une portée politique et économique réelle.
TRIPP — Trump Route for International Peace and Prosperity — n’est pas conçu comme un manifeste politique, mais comme un cadre opérationnel. Il ne prétend pas régler les conflits par décret ni redessiner les équilibres régionaux en une étape. Il propose une autre logique : placer d’abord l’infrastructure, les règles et l’économie au centre, afin que la coopération et la stabilité puissent ensuite s’appuyer sur des intérêts tangibles.
Pour l’Arménie, cette approche revêt une importance particulière. Pendant des décennies, le pays a évolué dans un environnement marqué par une connectivité limitée, des options de transit restreintes et une forte vulnérabilité aux chocs extérieurs. Dans un tel contexte, l’infrastructure n’est pas un sujet secondaire : elle constitue un levier structurel. TRIPP reformule la question du transport non comme un symbole politique, mais comme un outil économique.
Un élément central du cadre adopté concerne la souveraineté. Le document ne contient aucune disposition remettant en cause la juridiction nationale arménienne. Au contraire, il insiste sur le respect du contrôle étatique sur les infrastructures et les processus. Cette précision distingue TRIPP de certaines initiatives antérieures perçues à Erevan comme des schémas imposés de l’extérieur. Ici, la logique est progressive : des principes sont posés, tandis que la mise en œuvre reste conditionnée à des évaluations techniques et politiques ultérieures.
La rationalité économique du projet est directe. Une meilleure connectivité réduit les coûts de transaction, améliore la prévisibilité des échanges et renforce l’attractivité du pays pour les investisseurs. Même une intégration partielle dans de nouvelles chaînes logistiques peut générer des effets multiplicateurs — modernisation douanière, développement de la logistique, création d’emplois dans les secteurs connexes. Il s’agit d’investissements à rendement structurel, et non de gains politiques immédiats.
Du point de vue américain, TRIPP s’inscrit dans une évolution plus large de la politique étrangère. Washington privilégie de plus en plus les instruments économiques et infrastructurels plutôt que les engagements politiques ou sécuritaires directs. La connectivité est envisagée comme un facteur de stabilisation : là où les routes fonctionnent et où les échanges se développent, l’escalade devient moins rationnelle. Cette approche relève d’un calcul pragmatique, fondé sur l’expérience comparée d’autres régions.
Il est significatif que les États-Unis aient opté pour un cadre, et non pour un plan prescriptif. Aucun tracé imposé, aucun calendrier rigide, aucun mécanisme exclusif de coordination. Cette souplesse réduit la charge politique du projet et préserve une marge de manœuvre pour l’ensemble des acteurs. Pour l’Arménie, cela signifie la possibilité d’articuler sa participation autour de ses priorités nationales, sans dépendre d’une logique imposée.
La dimension régionale de TRIPP dépasse le cadre bilatéral. Le projet touche potentiellement plusieurs États voisins et partenaires extérieurs, tout en évitant une logique de blocs ou de confrontation. Les initiatives d’infrastructure ont l’avantage d’être évaluées selon leur efficacité et leur utilité, et non selon des critères idéologiques. Cette caractéristique accroît leur durabilité face aux changements politiques.
Certains observateurs soulignent l’absence de détails concrets : pas de dates, pas de montants d’investissement, pas de schémas définitifs. À ce stade, cette indétermination constitue moins une faiblesse qu’une protection. Le format de cadre permet d’adapter le projet à une conjoncture régionale et mondiale mouvante, sans créer d’attentes irréalistes. Pour un pays confronté à un environnement instable, la progressivité et la flexibilité relèvent d’un choix stratégique rationnel.
Plus largement, TRIPP illustre une transformation du langage diplomatique dans le Caucase du Sud. Aux gestes symboliques et aux positions maximalistes se substitue un discours centré sur les routes, les procédures et l’économie. Il ne s’agit pas d’un abandon des intérêts politiques, mais d’une tentative de les inscrire dans une architecture plus prévisible et fonctionnelle.
TRIPP ne promet ni bénéfices rapides ni solutions universelles. Il propose un cadre de travail dans lequel l’Arménie peut agir comme un acteur façonnant les dynamiques régionales, plutôt que comme un terrain de rivalités. À l’heure où les modèles de sécurité traditionnels montrent leurs limites, ce pragmatisme apparaît non comme une concession, mais comme une affirmation de capacité d’action.

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