
En 2024, Google aurait pu s’écarter de ses restrictions publiques concernant l’usage de l’intelligence artificielle en apportant une assistance à un sous-traitant militaire israélien impliqué dans l’analyse de vidéos de drones. C’est ce qui ressort d’une plainte confidentielle déposée par un lanceur d’alerte auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC) des États-Unis et examinée par des médias américains.
Selon cette plainte, la division des services cloud de Google a reçu en juillet 2024 une demande adressée au service d’assistance par un compte utilisant une adresse électronique de l’armée israélienne. Le nom figurant dans la demande correspond à celui d’un employé de la société technologique israélienne CloudEx, présentée dans la plainte comme travaillant avec les structures de défense israéliennes. La demande portait sur l’amélioration de la fiabilité du système d’IA Gemini pour l’identification d’objets tels que des drones, des véhicules blindés et des personnels sur des images aériennes.
Les documents internes joints à la plainte affirment que les employés de Google ne se seraient pas limités à une réponse standard, mais auraient fourni des recommandations et procédé à des tests internes. À cette période, les principes publics de Google en matière d’IA prévoyaient que l’entreprise ne devait pas appliquer ses technologies à des usages liés aux armes ni à des activités de surveillance susceptibles de contrevenir aux normes internationales reconnues.
Le lanceur d’alerte soutient que cette assistance contredisait ces principes et que l’écart entre les engagements publics de Google et ses pratiques internes pourrait constituer une violation du droit boursier. La plainte avance que, en intégrant ses principes éthiques de l’IA dans ses communications officielles et réglementaires tout en agissant de manière incompatible, l’entreprise aurait pu induire en erreur les investisseurs et les autorités de régulation.
L’ancien employé de Google à l’origine de la plainte a choisi l’anonymat, invoquant la crainte de représailles. Selon la déclaration qui lui est attribuée, les procédures internes d’examen éthique de l’IA étaient généralement appliquées avec rigueur, mais n’auraient pas été respectées de la même manière lorsqu’il s’agissait de dossiers liés à Israël et au conflit à Gaza.
Google conteste ces accusations. Un porte-parole de l’entreprise a indiqué que l’échange relevait d’une réponse générale du service d’assistance, comparable à celles fournies à tout client, sans accompagnement technique approfondi. Il a également souligné que le compte concerné présentait un niveau d’utilisation très limité des services d’IA, ce qui, selon l’entreprise, ne permettait pas un usage significatif de la technologie.
La SEC a refusé de commenter l’affaire, rappelant que les plaintes reçues par l’agence sont confidentielles et n’entraînent pas automatiquement l’ouverture d’une enquête. Ni l’armée israélienne ni CloudEx n’ont publié de réaction officielle.
Ces accusations s’inscrivent dans un contexte plus large de débats sur l’implication des grandes entreprises technologiques américaines dans des projets militaires et de sécurité. En 2024, CloudEx a participé à des événements sectoriels au cours desquels des responsables militaires israéliens ont mis en avant le rôle croissant du cloud computing dans les opérations en cours. Google a de son côté affirmé par le passé que sa coopération avec le gouvernement israélien ne portait pas sur des activités militaires sensibles ou classifiées.
Au fil des dernières années, Google a fait évoluer sa position vis-à-vis des contrats gouvernementaux et de défense. Après avoir renoncé à un projet avec le Pentagone en 2018, l’entreprise avait adopté des restrictions explicites concernant l’usage militaire de l’IA. Par la suite, elle a néanmoins renforcé sa coopération avec des institutions publiques, notamment à travers d’importants contrats cloud, une évolution qui a suscité des protestations internes et des licenciements.
En 2025, Google a modifié ses principes en matière d’IA en supprimant les interdictions explicites relatives aux usages militaires et de surveillance, invoquant la nécessité de s’adapter à un contexte international en mutation. La plainte du lanceur d’alerte concerne toutefois une période antérieure à ces changements, lorsque les restrictions précédentes étaient toujours officiellement en vigueur.
Cette affaire relance le débat sur la cohérence entre les engagements éthiques affichés par les entreprises technologiques et leurs décisions opérationnelles dans des contextes géopolitiquement sensibles, en particulier en période de conflit armé.

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