
L’affaire Ramiz Mehdiyev : reconstitution des faits, versions concurrentes et zones d’ombre
L’affaire pénale visant Ramiz Mehdiyev, l’une des figures les plus influentes de l’histoire politique récente de l’Azerbaïdjan, est devenue l’un des dossiers politico-judiciaires les plus retentissants de ces dernières années. Les accusations de haute trahison et d’actions visant à la prise du pouvoir d’État concernent non seulement la personne de Mehdiyev, mais soulèvent également des questions plus larges relatives aux équilibres internes, aux recompositions élitaires et à un contexte international sensible marqué par les relations entre Bakou et Moscou.
Le présent article propose une reconstruction chronologique et analytique de l’affaire, en distinguant strictement les faits établis des versions médiatiques, et en mettant en lumière les questions fondamentales qui demeurent sans réponse.
Pendant près d’un quart de siècle, Ramiz Mehdiyev a occupé des postes clés au cœur de l’appareil d’État azerbaïdjanais. De 1995 à 2019, il a dirigé l’Administration présidentielle, façonnant l’architecture institutionnelle, idéologique et administrative du pays dans la période post-soviétique. Après son départ de cette fonction, il a conservé une influence symbolique et institutionnelle, en devenant président de l’Académie nationale des sciences et en restant membre du Conseil de sécurité.
Même après son retrait formel de la vie politique, Mehdiyev était perçu comme un représentant de « l’ancienne école » du pouvoir — détenteur d’une mémoire institutionnelle et de réseaux informels, y compris à l’extérieur du pays.
Le contexte externe central de cette affaire est la catastrophe aérienne survenue le 25 décembre 2024, impliquant un avion de la compagnie Azerbaijan Airlines. Le drame a provoqué une grave crise diplomatique entre Bakou et Moscou, accompagnée de déclarations publiques tranchées, d’interprétations divergentes des causes de l’accident et d’exigences azerbaïdjanaises en matière de reconnaissance de responsabilité, d’excuses et de compensation.
Pendant plusieurs mois, ce dossier est resté politiquement sensible. En octobre 2025, les présidents de l’Azerbaïdjan et de la Russie se sont rencontrés à Douchanbé. À l’issue de cette rencontre, les deux parties ont exprimé publiquement leur volonté de stabiliser le dialogue et de procéder à une évaluation juridique des événements.
Selon plusieurs médias azerbaïdjanais, c’est précisément cette période — où une tension internationale se superposait à des dynamiques internes — qui aurait servi de toile de fond aux développements politiques ultérieurs.
Le 14 octobre 2025, le tribunal du district de Sabail à Bakou a placé Ramiz Mehdiyev en assignation à résidence pour une durée de quatre mois. L’enquête a retenu contre lui les qualifications pénales suivantes :
L’existence de la procédure pénale et la mesure de prévention sont confirmées par plusieurs sources indépendantes et ne sont pas contestées publiquement. En revanche, les éléments détaillés de l’accusation, la base probatoire et la logique procédurale de l’enquête n’ont pas été rendus publics.
Selon l’agence APA, citant des sources anonymes, Ramiz Mehdiyev aurait préparé un plan de prise violente du pouvoir et l’aurait proposé à la partie russe par l’intermédiaire de ses propres canaux. Ce plan aurait prévu la création d’un Conseil d’État provisoire chargé de la période de transition, conseil que Mehdiyev aurait lui-même dirigé.
Il est également affirmé que les informations relatives à ces propositions auraient été transmises à la direction azerbaïdjanaise par la partie russe lors de la rencontre présidentielle à Douchanbé.
Cette version est largement relayée par des médias proches du pouvoir. Toutefois, elle n’a pas été confirmée par des déclarations officielles, des documents judiciaires ou des sources indépendantes. À ce stade, elle relève exclusivement d’un récit médiatique fondé sur des sources non identifiées.
Des informations ont également circulé au sujet d’une lettre que Ramiz Mehdiyev aurait adressée à des structures russes. L’agence APA a publié des photocopies d’un document présenté comme une preuve de ces contacts.
Cependant, ces documents soulèvent plusieurs interrogations :
Sur le fond, le texte ressemble à une note politico-administrative traitant de modèles de gouvernance et de réformes institutionnelles. Pris isolément, il ne contient pas d’appels explicites à la violence. Cela conduit à une question centrale : sur quels éléments supplémentaires l’enquête s’appuie-t-elle pour qualifier les faits de tentative de prise du pouvoir ?
À la suite de l’ouverture de la procédure pénale, une série de décisions institutionnelles rapides a été prise :
Ces mesures ne constituent pas en elles-mêmes des preuves de culpabilité, mais elles traduisent une décision politique visant à neutraliser l’ensemble des ressources institutionnelles et symboliques associées à l’ancien responsable.
Parallèlement à l’affaire Mehdiyev, les forces de l’ordre ont mené des actions à l’encontre de plusieurs figures de l’opposition. Des agences de presse internationales ont fait état de perquisitions, d’interpellations et d’arrestations, officiellement ou officieusement liées à la même enquête.
Les avocats de la défense rejettent les accusations et dénoncent des pressions à caractère politique. Les autorités d’enquête, de leur côté, ne communiquent pas sur les détails d’éventuels liens financiers ou organisationnels.
Malgré l’ampleur de l’affaire, plusieurs questions fondamentales restent ouvertes :
Les réponses à ces questions détermineront si l’affaire Mehdiyev restera un processus strictement judiciaire ou si elle s’inscrira dans une transformation plus large des équilibres élitaires.
À ce stade, il est possible d’affirmer que l’affaire pénale contre Ramiz Mehdiyev repose sur un cadre procédural solide. En revanche, ses dimensions politiques et internationales reposent largement sur des interprétations et des récits médiatiques, plutôt que sur des éléments de preuve rendus publics.
Les conclusions définitives dépendront soit des décisions judiciaires sur le fond, soit de la divulgation de matériaux d’enquête. D’ici là, l’affaire Mehdiyev demeure non seulement un dossier judiciaire, mais aussi un indicateur symbolique de l’évolution de l’architecture du pouvoir en Azerbaïdjan.

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