
La Chine est aujourd’hui en tête de la recherche scientifique mondiale dans l’écrasante majorité des domaines technologiques critiques et émergents, selon la dernière mise à jour du Critical Technology Tracker de l’Australian Strategic Policy Institute (ASPI). Les données montrent que Pékin occupe des positions de leadership dans près de neuf technologies sur dix analysées — de l’intelligence artificielle et des systèmes de calcul de nouvelle génération aux biotechnologies et aux matériaux avancés. Ce résultat ne relève pas d’un succès ponctuel, mais traduit une transformation durable du paysage scientifique et technologique mondial. L’ASPI souligne qu’il s’agit de recherches à fort impact, qui constituent le socle des capacités militaires, économiques et stratégiques futures des États. Dans ce domaine, la Chine a su bâtir, ces dernières années, un écosystème scientifique et d’innovation vaste et coordonné, qui façonne de plus en plus les contours de la compétition technologique mondiale.
Ces conclusions sont déterminantes parce qu’elles déplacent le centre de gravité de la puissance : des déploiements militaires actuels et des équipements existants vers une domination scientifique de long terme, qui conditionne l’avantage militaire, économique et stratégique de demain.
Depuis plusieurs années, l’ASPI mène un suivi systématique du leadership mondial dans les recherches à fort impact portant sur des technologies directement liées à la sécurité nationale et à la compétitivité des économies. L’actualisation de 2025 ne se limite pas à élargir la base de données ; elle confirme la consolidation d’un profond basculement structurel dans la répartition mondiale de la puissance technologique.
Dans son édition 2025, le Critical Technology Tracker évalue 74 technologies, contre 64 lors du cycle précédent. L’analyse repose sur des publications couvrant la période 2020–2024, ainsi que sur les premières tendances observées en 2025. Les recherches de rupture sont identifiées à partir des 10 % d’articles scientifiques les plus cités. Le constat est sans équivoque : la Chine est en tête dans 66 technologies sur 74, soit près de 90 %. Les États-Unis ne conservent le leadership que dans huit domaines, parmi lesquels le calcul quantique et la géo-ingénierie. Il ne s’agit pas d’un pic temporaire, mais d’un avantage systémique étayé par un corpus de données large et cohérent.
Dix nouveaux champs ont été intégrés au rapport, tels que l’intelligence artificielle générative, la vision par ordinateur, les neuroprothèses, les interfaces cerveau–machine ou encore la géo-ingénierie. La Chine domine huit de ces nouveaux domaines suivis. Ce point est fondamental. L’avantage chinois ne se limite pas aux secteurs industriels hérités du passé ; il s’étend aux domaines à évolution rapide qui structureront l’architecture des économies, des forces armées et des systèmes de gouvernance de demain. L’ASPI relève que l’écart est souvent mesuré non en points marginaux, mais en ordres de grandeur : les institutions chinoises produisent nettement plus de travaux à fort impact que leurs concurrents les plus proches.
La structure institutionnelle de ce leadership retient également l’attention. L’Académie chinoise des sciences figure régulièrement parmi les premières institutions mondiales dans de multiples domaines technologiques, ce qui reflète à la fois l’effet d’échelle et une stratégie nationale d’investissement centralisée.
L’ASPI met explicitement en garde contre des « risques de monopole » dans certains champs, où la Chine concentre la majorité des principales organisations de recherche et des filières de talents mondiales. À long terme, cette situation pourrait créer des dépendances technologiques pour d’autres États — non par la contrainte, mais par l’absence d’alternatives crédibles.
Le contraste avec le passé récent est saisissant. Entre 2003 et 2007, les États-Unis dominaient plus de 90 % des technologies aujourd’hui suivies par le tracker, tandis que la part de la Chine restait inférieure à 5 %. Les rapports de l’ASPI pour 2023–2024 montraient déjà que la Chine était en tête dans 57 technologies sur 64. Les données actuelles confirment non pas un saut soudain, mais la consolidation d’un nouvel équilibre des forces. L’ASPI attribue cette évolution à des décennies d’investissements soutenus en R&D, à une planification stratégique cohérente et au retour ou au maintien de chercheurs formés à l’étranger.
L’ASPI précise que le leadership scientifique constitue un indicateur avancé, et non une mesure directe des capacités déployées ou commercialisées. Les États-Unis conservent des atouts dans certains domaines, comme les technologies vaccinales, les systèmes de petits satellites ou certaines applications quantiques spécifiques.
C’est précisément pour cette raison que ce tracker est suivi de près dans les cercles gouvernementaux et analytiques. Il sert de signal d’alerte précoce, indiquant où sont susceptibles d’émerger les avantages technologiques et stratégiques futurs. La conclusion est claire : la compétition pour l’influence dépend de moins en moins de la configuration actuelle des forces et de plus en plus du contrôle des fondements scientifiques qui définiront la puissance sur un horizon de dix à vingt ans. Dans cette dimension, le monde évolue déjà dans une nouvelle réalité.

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