
À la fin de 2025, la crise entre le Venezuela et les États-Unis a franchi un seuil nouveau. Washington ne se limite plus à la pression diplomatique et aux sanctions financières. La Maison-Blanche a ouvert un volet opérationnel en mer, visant les flux de pétrole vénézuéliens. Caracas dénonce une logique de blocus, qu’elle qualifie de piraterie et d’atteinte à la liberté de navigation.
Le 16 décembre, le président américain Donald Trump a annoncé une « mise sous blocus totale et complète » des pétroliers soumis aux sanctions entrant dans les ports vénézuéliens ou en sortant. Les autorités américaines présentent la mesure comme un instrument de lutte contre des réseaux criminels transnationaux et contre les circuits de contournement des sanctions. Le gouvernement de Nicolás Maduro y voit, au contraire, une tentative de strangulation économique et une escalade assumée.
La tension s’est matérialisée par une série d’interceptions de navires transportant du brut vénézuélien. Dès le 10 décembre, les États-Unis ont annoncé la saisie d’un pétrolier sanctionné au large du Venezuela, épisode qui a aussitôt provoqué une réaction virulente de Caracas. Dans les jours suivants, selon plusieurs récits concordants, l’activité de chargement a ralenti et davantage de navires ont fait demi-tour ou ont évité d’entrer dans les zones d’attente proches des terminaux, la hausse du risque sécuritaire et des coûts d’assurance pesant sur les armateurs.
Washington a également confirmé poursuivre d’autres unités liées aux exportations vénézuéliennes. Les informations disponibles décrivent une opération de recherche et de contrôle qui se déroule en mer des Caraïbes, avec des tentatives de montée à bord et des refus de coopération de la part d’au moins un navire ciblé.
La dimension la plus sensible, pour la période récente, tient à la capacité réelle d’exécution du dispositif. Des sources proches des opérations indiquent que les garde-côtes américains attendent l’arrivée de forces spécialisées avant de tenter une saisie à haut risque contre un pétrolier identifié par des acteurs maritimes comme Bella 1. Le fait même qu’une opération de ce type dépende d’équipes rares et très spécifiques souligne une tension entre l’ambition politique affichée et les moyens disponibles, tout en augmentant le risque d’un incident involontaire en mer.
Sur le plan économique, l’impact est immédiat. Selon des données de suivi maritime rapportées par la presse internationale, la compagnie publique PDVSA a commencé à utiliser des tankers comme stockage flottant, les capacités à terre se rapprochant de la saturation. Plus d’une douzaine de cargaisons resteraient immobilisées au large. Cette congestion est particulièrement sensible près de terminaux stratégiques. Dans le même temps, certaines exportations liées à des coentreprises, notamment avec Chevron, continueraient, sans compenser la perturbation globale des flux.
Le contexte est aggravé par la fragilisation administrative et logistique de PDVSA, dont les systèmes ont subi une cyberattaque récemment, compliquant la gestion des contrats, des paiements et des opérations de chargement.
Le pouvoir vénézuélien a répondu par une combinaison de mesures internes et d’initiatives diplomatiques. L’Assemblée nationale a adopté une loi visant la « garantie de la liberté de navigation et du commerce », prévoyant des peines pouvant atteindre vingt ans de prison contre ceux qui « promeuvent » ou « financent » ce que Caracas qualifie de blocus, de piraterie ou d’autres crimes internationaux. Les autorités annoncent aussi vouloir saisir les instances multilatérales, en présentant les interceptions américaines comme une violation du droit international.
La crise divise les acteurs internationaux. Des soutiens politiques à Caracas se manifestent, tandis que d’autres capitales voient dans la démarche américaine une extension assumée de la politique de sanctions vers un registre coercitif. À l’intérieur du Venezuela, la polarisation s’accentue. L’opposition, tout en critiquant Maduro, estime que la pression américaine peut accélérer un changement politique. Le gouvernement, lui, mise sur un réflexe de souveraineté et sur une mobilisation contre « l’agression extérieure ».
La situation demeure évolutive. Mais la combinaison de saisies, de poursuites en mer, de réponses pénales internes et de risques de collision opérationnelle fait de ce dossier un point de rupture potentiel, dont les répercussions dépassent déjà le seul théâtre vénézuélien.
Liens (à placer en bas de page) Reuters (16 déc. 2025): https://www.reuters.com/world/americas/trump-orders-blockade-sanctioned-oil-tankers-leaving-entering-venezuela-2025-12-16/ Reuters (10 déc. 2025): https://www.reuters.com/world/americas/trump-administration-seizes-oil-tanker-off-venezuela-coast-us-officials-say-2025-12-10/ Reuters (22–23 déc. 2025): https://www.reuters.com/business/energy/oil-loading-venezuela-slows-more-ships-make-u-turns-after-new-us-interceptions-2025-12-22/ Reuters (23 déc. 2025, stockage flottant): https://www.reuters.com/business/energy/venezuela-resorts-floating-storage-onshore-tanks-fill-up-amid-ship-seizures-2025-12-23/ Reuters (23 déc. 2025, loi): https://www.reuters.com/world/americas/venezuela-passes-law-against-piracy-blockades-amid-us-oil-ship-seizures-2025-12-23/ Reuters (24 déc. 2025, Bella 1): https://www.reuters.com/world/americas/us-eyes-additional-coast-guard-assets-seize-fleeing-tanker-sources-say-2025-12-24/ Reuters (21 déc. 2025): https://www.reuters.com/world/americas/us-intercepts-another-vessel-near-venezuela-officials-say-2025-12-21/ Reuters (20 déc. 2025): https://www.reuters.com/world/americas/venezuelan-government-rejects-seizure-new-vessel-transporting-oil-2025-12-20/ The Guardian (23 déc. 2025): https://www.theguardian.com/world/2025/dec/23/russia-china-support-venezuela-trump-pressure-maduro ABC News (23 déc. 2025): https://abcnews.go.com/US/us-coast-guard-actively-pursuing-sanctioned-vessel-official/story?id=128601028

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